Stratégies discursives

        La notion de stratégie en analyse du discours réfère aux choix possibles du locuteur en situation de communication. C’est que l’acte de langage n’est soumis à aucune fatalité qui préfigurerait sa structuration. Il n’y a pas de prêt-à-porter langagier. Chaque énonciation est unique.


        Certes la grammaticalité et les lois de la communication sont des données contraignantes auxquelles il faut satisfaire pour que l’acte de langage soit valide. Cependant, ces contraintes conventionnelles sont loin d’avoir un impact sur l’infinité de choix possibles que les sujets peuvent faire dans le processus de mise en discours. Ceci dit chaque choix langagier est stratégique par le fait qu’il écarte d’autres choix possibles.

 

        Selon Chareaudeau, l’espace de choix du locuteur est un espace où se déploient trois types de stratégies : Stratégie de légitimation, stratégie de crédibilité et stratégie de captation.


        Stratégies de légitimation : ces stratégies visent la construction d’une position d’autorité à partir de laquelle le discours se déploie. 


        Dans bien des situations, le locuteur éprouve le besoin de légitimer son discours. Qu’il tente de construire une autorité institutionnelle ou personnelle, sa quête vise à ce qu’on lui reconnaisse le droit à la parole et le droit de tenir le type de discours dont il se réclame. L’expression "En tant que professeur d’analyse du discours" est un bel exemple que je pourrais utiliser pour légitimer cet article.


        L’auto-référence (se référer à son statut) et la recherche de parenté idéologique (argument d’autorité) sont parmi les procédés qui participent de la quête de légitimation.

 

        Stratégies de crédibilité : ces stratégies visent la construction d’une position de vérité qui attribuerait au discours un caractère crédible. Dans l'élaboration de ces stratégies, le locuteur se pose en évaluateur de son propre discours et en définit les degrés de certitude. 


        Des modalisateurs comme "en vérité", "certainement"... sont parmi les principaux véhicules de ces stratégies.

        

        Stratégies de captation : ces stratégies consistent en des opérations de charme destinées à obtenir l’adhésion de l’allocutaire en créant chez lui l’illusion d’être partie prenante d'une cause ou d'un groupe. 


        Il s’agit d’un jeu d’attrape-souris où la raison et la logique sont tenues à l’écart, où le réel s’efface devant le rêve et l'utopie. Tout se joue dans le registre de l’émotion. 


        Parmi les procédés de captation, on peut signaler ici la fabulation, qui est le fait de présenter un discours imaginaire comme une réalité vécue; la recherche de connivence, qui est l'acte de postuler des liens affectifs ou communautaires avec l'allocutaire; et la mytification, qui est le fait de s'identifier ou d'associer son discours à des figures historiques.

 

        En fait, il n’y a pas de stratégie discursive qui ne s’accompagne d’une stratégie de délégitimation de l’autre. 


        Lorsqu’un homme ou une femme s’adresse à l’objet de son amour en disant: "celui/celle qui t’aime", certainement il y a captation en raison du halo affectif qui enveloppe le discours. En même temps, cette expression est une démarche de délégitimation de toute autre personne qui prétendrait à cet attribut.