L'approche sociolinguistique

La sociolinguistique s’occupe du rapport des phénomènes linguistiques et sociaux. Marcellesi résume la démarche de cette discipline en ces termes : "Mettre en évidence le caractère systématique de la covariance des structures linguistiques et sociales et, éventuellement, établir une liaison de cause à effet" (Langages, no 23, 1971 : 19). 

Bien que l’analyste fasse appel à la langue, son objectif est d’apporter des réponses autres que linguistiques au phénomène étudié. 

Relèvent aussi de la sociolinguistique l’étude des jugements portés "sur le comportement verbal des individus" ainsi que celle de "l’attitude du locuteur vis-à-vis de son énoncé, qu’on caractérise selon la distance ou la modalisation" (Dictionnaire de linguistique 1973: 445). 

Certaines analyses sociolinguistiques font appel aussi à l’étude du mode d’énonciation. 

Voici trois modèles d'analyse dont la problématique est celle du rôle du langage dans les pratiques sociopolitiques.

a.- L'Analyse du Discours à Entrée Lexicale (ADEL)

Le promoteur de ce modèle est J.B. Marcellesi. Malgré sa problématique lexicale, il se démarque de la lexicométrie et de l’analyse factorielle. Il reconnaît que:

1.- "… il n’est pas possible de définir les unités lexicales sans faire appel aux combinaisons dans lesquelles elles entrent et à l’univers des énoncés dans lesquels elles sont impliquées" (Marcellesi 1971 : 60)

2.- "les mots ne valent que par les propositions qui les sous-tendent". (in K-Orecchioni et Mouillaud 1984 : 119). 

Ainsi, l’ADEL, à partir des présupposés de l’analyse harrissienne, tend-elle à "dégager autour des unités lexicales les fronts propositionnels de chaque discours, dont l’ensemble forme ce qu’il est convenu d’appeler le discours de ces unités" (Marcellesi in K-Orecchioni et Mouillaud 1984 : 119).

Refusant d’entrer dans le discours par des catégories de sens, l’ADEL part donc des mots-pivots de la catégorie du nom ou du verbe pour aboutir aux opérations suivantes :

a.- "Indexation systématique des unités ;

b.- Calculs d’absence, de présence, de fréquence relative de termes spécifiques;

c.- Dégagement éventuel de termes pertinents ou d’un ordre d’analyse;

d.- Traitement des contextes syntaxiques, établissement de chaînes d’équivalence, dégagement de fronts propositionnels (c’est-à-dire réduction des énoncés en phrases de base);

e.- Analyse des phénomènes d’énonciation" (in K-Orecchioni et Mouillaud 1984 : 127).

          La démarche de Marcellesi est, en fait, celle de l’analyse linguistique. Cependant, il reste que "ses conclusions intéressent la sociologie politique, puisqu’elles cherchent à établir un rapport entre les comportements politiques et les comportements verbaux" (J. Dubois, in Marcellesi 1971, avant-propos : 15).

Le problème de ce modèle réside dans le fait choix de la proposition comme contexte d’une unité lexicale. En effet, "les processus discursifs se développent sur des unités linguistiques plus complexes et plus vastes" (Maingueneau 1987 : 97).

b.- L'Analyse Automatique du Discours

Les postulats théoriques de ce modèle articulent le matérialisme historique, la théorie des idéologies et la théorie du discours. L’objectif est de déterminer la structure du processus de production qui correspond à tel état des conditions de production du discours.

Dans ce modèle, le sujet est conçu comme une entité entièrement dominée par la formation discursive dans laquelle s’inscrit son discours, c’est-à-dire, il n’est pas à la source du sens.

Dans sa démarche, l’analyse du discours automatique comprend trois phases :

"la phase de construction sociohistorique du corpus, …en fonction des conditions de production dominante";

"la phase de délinéarisation syntaxique des surfaces textuelles, directement dérivée de l’analyse harrissienne…", où le corpus est divisé en "séquences discursives autonomes", définies par leur "unité thématique";

"la phase de traitement automatique des données obtenues", consistant "à effectuer un travail de comparaison des relations binaires de chaque séquence discursive autonome à toutes les autres relations binaires des différentes séquences d’un corpus" (Ghiglione 1989 : 78)

En s’attachant à mettre en évidence les traits formels constants caractérisant des formations idéologico-discursives données, l’analyse automatique du discours se présente comme une véritable sémantique des conditions de production.

De plus, elle n’est pas inséparable de la problématique des termes-pivots, puisque la méthode harrissienne à laquelle recourt ce modèle pour la délinéarisation syntaxique, "ramenait le discours à un ensemble de propositions articulées autour d’un terme-pivot" (Maingueneau 1987 : 97). D'où son apparentée avec le modèle de Marcellesi est patente.

c.- L'Analyse Formelle et Sémantique

C’est en réaction à l’analyse du discours fondée sur "le structuralisme américain et européen", et qui tentait d’élaborer "une grammaire textuelle", que Knauer propose ce modèle d'analyse qu’il entend rattacher à la sociolinguistique.

Partant de la théorie générale de l’énonciation, cette analyse "s’effectue sur la base des concepts linguistiques de distance, modalisation, tension, opacité et transparence" (Knauer G. in K-Orecchioni et Mouillaud 1984 : 29).

 Dans sa dimension formelle, ce modèle prend en compte "les embrayeurs que sont les pronoms, les adverbes de temps et de lieu, les performatifs, et ceci dans le but de "découvrir les stratégies communicatives suivies par le sujet parlant" (Knauer, Ibid).  

Mais, pour Knauer, la stratégie communicative du sujet s’exprime aussi et surtout "dans l’emploi quantitatif d’un mot-clé…" (Ibid : p. 30) autour duquel s’articulent les idées essentielles. D’où la dimension sémantique de l’analyse où sont transformées les phrases contenant les mots-clés, afin qu’elles se caractérisent par une structure de base commune. Dans cette optique, il postule "des classes de signification" où l’on peut classifier les mots-clés. 

Enfin, en s’intéressant également au rôle joué par le langage à l’égard de l’évolution et du renforcement des convictions et positions politiques chez les destinataires, ce modèle s’ouvre sur l’extralinguistique et, dès lors, échappe aux préoccupations de l’analyse du discours.