L'approche lexicologique

La lexicologie renvoie à l’étude des unités linguistiques, indépendamment de leurs rapports grammaticaux. Pendant longtemps on considérait que chaque mot était porteur d’un sens unique et qu’il suffisait, dans une production langagière, de relever l’ensemble des mots pour avoir le sens d’un message. 


La plupart des analyses de discours politique réalisées en France dans les années 60 relèvent de cette tendance.


a.- L’analyse lexicométrique 

Ce modèle se rattache particulièrement au laboratoire de l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud. Il s’agit d’une analyse statistique dont la démarche selon Maingueneau se résume à trois moments :

a.- Choix de l’item formel : "de la totalité du texte on ne conserve, en tant qu’objets d’analyse, que les items formels (les mots graphiques), à l’exclusion de toute lemmatisation, c’est-à-dire, tout regroupement d’items sur des bases lexicographiques (ramener les verbes à l’infinitif, les pluriel au singulier, etc)";

b.- Choix du réseau statistique : "on cherche à dégager des lois, à construire des réseaux tant sur l’axe paradigmatique (hiérarchie de propositions) que sur l’axe syntagmatique (arrangement de positions), et sur l’axe situationnel (rapports de détermination entre les conditions de production et les formes lexicales)";

c.- Choix de la norme intrinsèque : elle est "définie à l’intérieur des corpus et non en se référant à la langue" (1976 : 22, 23).

 

A noter toutefois que depuis un certain temps, notamment avec l’étude "L’image candidate à l’élection présidentielle de 1995", le Groupe Saint-Cloud a quelque peu élargi son cadre en s’intéressant à l’image que les locuteurs entendent projeter à travers leurs discours, ainsi qu’à leur forme d’argumentation. 

Ce qui n’empêche que le décompte fréquentiel reste la principale problématique de son analyse du discours politique.

 

b.- L’analyse factorielle des correspondances

Dans la même lignée se situe l’analyse factorielle des correspondances, méthode mathématique de traitement des données élaborées par J. P. Benzecri. En tant qu’analyse lexicologique hors contexte, elle opère sur les mots à la surface du discours. L’œuvre de A. Prost "Vocabulaire des proclamations électorales de 1881, 1885 et 1889" est une application de ce modèle.

 

Mais avec ces modèles que Pêcheux qualifie d’"infra-linguistique" (in Langages, no 23, 1971: 8), la distance par rapport à l’analyse du discours est grande. Parmi les difficultés d’application de ces méthodes on peut retenir :

 

Le problème de la polysémie : les mots, comme tout signe linguistique, étant instables, comment peut-on prétendre les appréhender hors contexte. Le rapport signifiant/signifié que ces méthodes postulent n’est pas apte à rendre compte des connotations et des figures métaphoriques.

 

Le problème des déictiques : Ces mots qui ne référent pas à un objet du monde (connecteurs, pronoms, marques spatio-temporelles) sont aussi difficiles à appréhender dans une statistique lexicale. Or, ce qui organise le discours et le spécifie, c’est justement ces "mots vides" dont le sens est indissociable du contexte de production du discours.


Ces méthodes reposant sur des termes-pivots et ignorant les traces des opérations énonciatives, ne sauraient constituer des outils suffisants à l’appréhension des productions verbales.