L'analyse de contenu du discours

La notion de contenu

Le terme contenu désigne l’information transmise à travers le discours. L’école de Palo Alto l’oppose au terme «relation». On distingue deux types de contenu : le contenu manifeste et le contenu latent.


Les notions de contenu manifeste et contenu latent sont empruntées à la psychologie freudienne.


Le contenu manifeste est ce qui est explicitement exprimé : Opinions, croyance… En ce sens, étudier le contenu d’un discours consiste à faire ressortir les thèmes les plus souvent abordés, les mots clés, les prises de position et les arguments invoqués pour les justifier…

 

Le contenu latent est tout ce qui exprimé de manière implicite. Étudier le contenu latent consiste donc à découvrir le non-dit. L’examen du contenu latent pourrait mettre en lumière la signification de la place accordée à chaque thème, l’absence de certains thèmes dans le discours, les valeurs non exprimées qui semblent découler des prises de position. Cette dernière problématique dépasse le cadre de l’analyse de contenu en tant que tel ; elle relève de l’analyse énonciative.

 

L’analyse de contenu 

L’analyse de contenu est « une technique de recherche pour la description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste des communications, ayant pour but de les interpréter » (Berelson 1952).

 

Analyser le contenu d’un document ou d’une communication, c’est « rechercher les informations qui s’y trouvent, dégager le sens ou les sens de ce qui y est présenté, formuler, classer tout ce que contient ce document ou cette communication » (Mucchielli 1991).

 

L’objectif de l’analyse de contenu est donc d’expliquer les activités cognitives du locuteur (ses préférences thématiques, sa position idéologique, son attitude…)

 

L’analyse de contenu peut être quantitative ou qualitative.


Quantitative : Dans cette forme d’analyse, il est question de calcul de fréquence des éléments de sens identifiés comme pertinents.


Qualitative : A ce niveau, on considère les valeurs particulières des éléments linguistiques et les réseaux de sens. Dans la plupart des analyses de contenu, les deux aspects sont développés parallèlement.


Types d’analyse de contenu

Selon Mucchielli, il existe trois modes d’analyse de contenu :

L’analyse logico-esthétique, qui étudie la structure du discours en relation avec ses effets de sens. Cette analyse porte sur la forme de la communication, qui donne des informations sur l’état d’esprit du locuteur et ses dispositions idéologiques (vocabulaire, longueur des phrases, ordre des mots, figures de style, hésitations…). C’est le cas de l’analyse stylistique du discours.

 

L’analyse sémantique structurale, qui tend à définir le champ des significations d’un objet dans un ensemble cohérent donné.


Le but consiste à mettre en évidence les principes qui organisent les éléments du discours, de manière indépendante du contenu même de ces éléments. Dans ce type d’analyse on travaille non pas sur le vocabulaire, le lexique ou la thématique du discours, mais sur les principes d’organisation sous-jacents, les systèmes de relations, les règles d’enchaînement, d’association, d’exclusion, c'est-à-dire, toutes relations qui structurent les éléments de manière invariante ou indépendante de ces éléments.


L’analyse logico-sémantique, qui s’en tient au contenu manifeste, ne considérant que le signifié immédiat, accessible. Elle comprend trois moments.


a.- L’analyse thématique, qui permet de déterminer les thèmes développés dans le discours. Le but de cette analyse est de repérer les unités sémantiques qui constituent l'univers du discours. Pour réaliser cette tâche, on procède en deux étapes : La détermination des unités significatives et leur catégorisation.


b.- L’analyse du positionnement, qui permet de mesurer la distance idéologique du locuteur par rapport à ce qu’il dit. Cette analyse porte sur les jugements formulés par le locuteur. On peut calculer la fréquence de ces jugements mais aussi leur direction (jugement positif, négatif ou neutre).

 

c.- L’analyse fréquentielle, qui permet de comparer la fréquence des thèmes. Il s’agit des énoncés les plus répandus dans le discours des cadres d’entreprises. L’hypothèse est que plus la fréquence d’une idée est élevée, plus cette idée est importante pour le locuteur.

 

Le choix des unités d’analyse

L’expression linguistique donne lieu à des mots, des syntagmes, des propositions, des phrases,  des paragraphes, des actes de discours … Toutes ces formes peuvent constituer des unités d’analyse, dépendamment des objectifs de l’analyste. Mais selon Mucchielli, « pour l’analyste de contenu, l’essentiel est le sens et non la forme. Son découpage sera en principe autre que celui de la linguistique classique». Autant dire, les unités peuvent être de dimension inégale.


Fort de cette approche, le choix des unités est guidé par deux principes : Le principe communicationnel de l’informativité, qui veut que l’acte de communication apporte au moins une information nouvelle (le propos), et celui psycho-linguistique de la cohérence, qui préconise que toute information nouvelle activée s’appuie sur, au moins, une information ancienne (le thème). C’est-à-dire, chaque fois qu’un locuteur s’énonce, il parle de « quelque chose » et en même temps, dit « quelque chose »  à propos de ce dont il parle.


D’où, l’expression considérée comme unité d’analyse doit comporter deux dimensions : un noyau de sens, constituant le thème, et un indice de positionnement par rapport à ce noyau de sens (le propos).

 

La catégorisation

Il s’agit ici de la classification des thèmes du discours en fonction de leur apparentement sémantique. En considérant les unités d’analyse, on peut dégager un thème pour chaque unité. Mais quand on considère l’ensemble des thèmes, il doit être possible de les regrouper sous des catégories. Par exemple si on a comme thèmes d’un ensemble d’unités: parler sans contraintes, dire ce qu’on veut, droit à la parole…, on voit bien que ces expressions vont dans le même sens. Aussi au lieu d’avoir trois thèmes, il est préférable de les regrouper sous une catégorie que l’on peut appeler « liberté d’expression ». Ainsi, Pour un discours où il y a des dizaines de thèmes, il peut être possible d’avoir 5 ou 6 grandes catégories.

 

Étapes de l’analyse de contenu

Choisir un ou quelques discours (corpus)

Formuler des objectifs et/ou des hypothèses

Choisir un échantillon de discours

Préciser le type d’échantillonnage utilisé et le justifier

Déterminer les unités d’analyse

Faire une analyse contextuelle du corpus

Définir les catégories d’analyse en relation aux objectifs/hypothèses

Faire une analyse thématique du corpus pour mettre en évidence les thèmes dominants

Présenter le tableau des résultats mettant en relation les variables étudiées

Interpréter le tableau des résultats.