Discours et subjectivité

        La subjectivité, en tant que notion, suggère ce qui a rapport à la personnalité du sujet parlant, à ses impressions, à son affinité, à ses états de conscience. 


        Benveniste voit dans cette notion "l'unité psychique qui transcende la totalité des expressions qu'elle assemble, et qui assure la permanence de la conscience" 1966: 260). La subjectivité est donc la capacité du locuteur à se poser comme sujet (Ibid :269).


        Suivant le raisonnement de Benveniste, subjectivité et langage sont intimement liés. Le langage, dit-il, est la "possibilité de la subjectivité" qui en constitue "une propriété fondamentale" (263). 


        K-Orecchionni est aussi de cet avis, qui croit qu'"aucun lieu langagier n'échappe à l'emprise de la subjectivité" (: 117). La même idée se retrouve chez Ricoeur pour qui le langage est un mode d'être dans l'être" (1969:261).

 

        La subjectivité parait ainsi inhérente à l'exercice même du "langage qui contient toujours les formes linguistiques appropriées à son expression" (Benveniste 1966: 263).


De la subjectivité au premier degré

        Si avec Benveniste, la subjectivité trouve son fondement dans la langue, c'est sans doute en raison des contraintes conventionnelles et l'exercice de la communication langagière. 


        On ne peut user du langage sans employer les déictiques et autres marques qui se définissent toujours par rapport à l'instance d'énonciation. "une langue sans expression de la personne ne se conçoit pas" (Benveniste: 261).


        Cette forme de subjectivité fondée sur l'égo que révèle le langage peut être qualifiée de subjectivité au premier degré.


De la subjectivité au second degré

        Selon Orecchionni, il existe une autre forme de subjectivité dite évaluative et affective (168). Cette forme de subjectivité dénonce le réaction émotionnelle du sujet qui s'avoue implicitement ou explicitement comme source d'interprétation et d'évaluation du référent qu'il est censé décrire. 


        Il s'agit d'une manifestation caractérisée par la sélection de modalisateurs et de substantifs évaluatifs organisant le discours en termes de jugement de valeur, d'adhésion ou de rejet de la part du sujet. 


        C'est particulièrement ce type d'activité langagière que j'appelle subjectivité au second degré et dont l'analyse du discours se doit de rendre compte.