Discours et argumentation

Les études sur l'argumentation dans le discours tournent autour de deux conceptions: une conception rhétorique de l'argumentation comme expression d'un point de vue, et une conception logico-discursive de l'argumentation comme mode spécifique d'organisation du discours.

 

Vue sous le premier angle, l'argumentation implique le recours à des moyens de persuasion, permettant d’amener un auditoire à adopter une ligne d’action donnée. En ce sens, tout acte de discours visant à agir sur l'opinion peut être dit argumentatif.

 

Issue de la rhétorique aristotélicienne, cette approche a particulièrement reçu ses lettres de noblesse chez Pérelman, qui postule que: "L'objet de la théorie de l'argumentation est l'étude des techniques discursives permettant de provoquer ou d'accroître l'adhésion des esprits aux thèses qu'on présente à leur assentiment" (Perelman et Olbrechts-Tyteca 1970).

 

Vue sous le second angle, l'argumentation se réfère à une démarche logique impliquant trois opérations: appréhension, jugement et raisonnement. Cette conception suppose la présence explicite ou implicite de connecteurs linguistiques instituant dans les énoncés des relations dites argumentatives. De ce point de vue, la définition proposée par Anscombre et Ducrot est à retenir : "Il y a argumentation lorsqu’un locuteur présente un énoncé A comme destiné à en faire admettre un autre B" (Anscombre et Ducrot 1983).

 

Dans un énoncé argumentatif, il y a nécessairement deux aspects : il y argument et il y a conclusion.  Dans l’exemple suivant : Je pense donc je suis; la proposition "Je pense" est un argument pour la conclusion "je suis".

 

Identifier la partie de l’énoncé qui remplit la fonction d’argument est important; ceci permet de repérer l’information essentielle dans l’énoncé. Dans tous les cas, l’argument est toujours accessoire par rapport à la conclusion.

 

La conclusion, en effet, c’est ce que l’on veut faire admettre, tandis que l’argument est un élément de justification; sa fonction est de supporter la conclusion. En d’autres mots, l’argument n’a pas un caractère nécessaire. S’il n’y a pas de conclusion à justifier, il ne peut pas y avoir d’argument. Aussi, dans notre exemple: "Je pense donc je suis",  le message essentiel est : "je suis".

 

Comment peut-on identifier l'argument?

 

Pour  être en mesure d'identifier l’argument dans un énoncé, il faut savoir qu’il existe des connecteurs dont le rôle est d’introduire des arguments et d’autres qui sont des introducteurs de conclusions. Comme connecteurs d’argumention introducteurs d’argument, on peut citer "car, parce que, puisque, étant donné que, si, en effet, d’ailleurs etc. Les séquences de discours introduites par ces connecteurs sont toujours accessoires, car il s’agit d’arguments.

 

Comme connecteurs d’argumention introducteurs de conclusion, on peut citer "donc, par conséquent, alors, eh bien etc.

 

Qu’en est-il de la contre-argumentation ?

 

On parle de contre-argumentation, chaque fois qu’un locuteur oppose un argument A à un argument B dans le but d’empêcher une conclusion C possible. Ceci dit, dans un énoncé où il y a contre-argumentation, il faut considérer qu’il y a une opposition d’arguments.

 

Dans l’exemple suivant "Tu étais présent mais tu n’as rien vu", "Tu étais présent " est un argument pour une conclusion C possible "tu sais ce qui s’est passé". Tandis que "tu n’as rien vu" est aussi un argument pour une conclusion non C "tu ne sais pas ce qui s’est passé".

 

Dans cette opposition d’arguments, il y a alors un argument faible et un argument fort. Dans notre exemple "Tu étais présent, mais tu n’as rien vu", "Tu étais présent" est présenté comme un argument  faible, tandis que "tu n’as rien vu" est posé comme argument fort.

 

Il y a des connecteurs de contre-argumentation qui introduisent des arguments forts et d’autres qui introduisent des arguments faibles.

 

Comme connecteurs de contre-argumentation introducteurs d’argument fort, on peut citer "mais, pourtant, cependant etc. Les séquences de discours introduites par ces connecteurs sont toujours des messages essentiels.


Comme connecteurs de contre-argumentation introducteurs d’argument faible, on peut citer "bien que, malgré que, même si etc".


L’argumention peut être exprimée aussi de manière implicite par l’absence de prémisse ou l’absence de connecteur. Dans l’exemple suivant "je ne sortirai pas ce soir, je suis fatigué", on voit bien qu’on peut aisément insérer le connecteur "car" entre les deux propositions. Donc il y a argumentation. De même, un locuteur peut se contenter de dire "Je suis fatigué" pour signifier qu’il n’a pas l’intention de sortir.